On a tendance a opposer le football de l'élite et ses millions et le football amateur qu'on suit d'un œil distrait, derrière une main-courante, parce qu'on connait les mecs sur le terrain, le fils à machin ou bidule qui n'est pas rentré tôt hier soir. Mais on néglige un peu trop ce football semi-pro qu'on va voir faute de mieux dans des stades champêtres, entre la 3ème et la 4ème division. Des joueurs prêtés, des enjeux limités et un engouement croissant, voila ce qu'on peut s'offrir pour moins de 10 euros dans la plupart des villes moyennes de France. D'ailleurs, quand vous êtes au stade, vous comprenez vite où vous avez posé vos fesses :
L'odeur du gazon fraichement tondu
C'est le charme de la proximité de la pelouse. Les effluves de l'herbe coupée vous parviennent, au moins pendant 10 minutes, parce qu'après, ça sent les merguez. Ben oui, avec les matchs à 20h, on n'a pas forcément le temps de s'organiser.
Le public de connaisseurs
Entre l'enthousiasme de l'élite et les moqueries du district, il y a ce public du National qui semble être constitué des dirigeants du club : des types très sérieux qui donnent des consignes aux joueurs depuis les gradins, « On se replace… Pas dans l'axe!… En soutien les gaaaAAAARS!!!!! Merde! »
Le public de connaisseurs qui ne connait pas les noms des joueurs
D'abord, ce n'est pas toujours marqué dans leur dos, et puis on ne les voit pas à la télé les mecs… Du coup, les joueurs sont interpelés par leurs numéros : « Passe la au 8! Reviens le 3!!! Dans ton dos!!! »
Les ballons qui passent par dessus les tribunes
La tribune, elle est obligatoire pour accueillir les « partenaires », mais bon, c'est pas pour autant qu'on va la faire trop haute. Du coup, un dégagement en catastrophe, et la ballon disparait au-dessus, déclenchant la colère d'une partie du public, « Hé, doucement, j'ai ma bagnole sur ce parking, moi… »
Le kop qui tiendrait dans votre salon
15 fidèles qui ont pris place dans un virage, assez bas (de toute façon, tout est plus ou moins bas dans ces tribunes), et qui tapent sur un tambour pendant une bonne heure en agitant les drapeaux qu'ils ont réussi à trouver, celui de la région et éventuellement celui du pays d'un joueur prêté depuis deux semaines par le club voisin, en Ligue 2, qui ne sait même pas comment s'appellent les habitant de la ville dans laquelle il joue (et d'ailleurs, il s'en fout).
Le speaker qui égraine les slogans des sponsors à la mi-temps
C'est la pause. mais pas le temps d'organiser un Trophée Wanadoo, ou je ne sais quoi, ici, on n'a pas les droits télé, et on a des frais. Un speaker, ancien comédien de théâtre, va s'emparer du micro et « remercier » les « partenaires » du club, « Merci au réseau d'artisans-bouchers Bidochard, Bidochard, Couper la viande est un art, d'être aux côté de notre club cette saison. »
Un bruit de ballon dégonflé
Est-ce la proximité du terrain? Est-ce que les ballons de National sont plus lourd qu'en Ligue 1 ? Toujours est-il qu'il ne fait pas le même bruit sur les grosses frappes. On a entendu dire après un coup franc de Juninho que les « nouveaux ballons, c'étaient des ballons de plage », et on se demande pourquoi votre équipe a un medecine-ball qui ne décolle pas sur les corners et qui avance si lentement.
Un marché des transferts qui n'intéresse personne
Vous voisins de gradin parlent des dernières acquisitions de Monaco ou de Marseille, et ne semblent pas pressés de découvrir les 8 nouvelles recrues de leur club. Bon, c'est vrai qu'ils sont soit prêtés, soit arrivés chez vous après avoir été recalés par le centre de formation d'un club mieux coté. Une chose est sûre, ils sont là pour remplacer les mecs partis comme des voleurs depuis que vous avez perdu votre statut pro après deux ans en National. Forcément, ça n'encourage pas à l’enthousiasme.
Quelques noms qui vous disent quelque chose
Steven Pelé et David Suarez à Vannes, Yohan Hautcœur à Amiens, Stéphane Noro à Strasbourg, Cyril Chapuis à Bourg Peronnas, que des mecs prometteurs à Championship Manager 2002. Dix ans après, vous les voyez jouer devant un petit millier de personne un vendredi soir, et vous vous dites que les concepteurs de jeux video ont eux aussi le droit de se tromper.
Une ambiance de match amical
Parce que pour un club de national, les deux moments forts sont les matchs amicaux d'avant saison, quand le club de Ligue 1 en stage dans le coin vient se faire les dents et les tours de Coupe de France où l'on fait figure de Petit Poucet. Le championnat, c'est vraiment pour s'assurer que les joueurs ne font pas du gras dans l'intervalle. Mais n'allez pas vous blesser.
Et vous, vous aimez le foot qui n'a pas-trop-d'argent-mais-un-peu-quand-même